La salle de sport #2 : une Zoologie

Tu connais déjà le territoire et la flore de la salle de sport.
Maintenant, je vais t’emmener du côté des bestioles, de la chaîne alimentaire, de l’instinct et de la survie.
Comme j’ai la chance de pouvoir me rendre à la salle de sport en dehors des horaires de foule, j’ai pu observer à loisir une population particulière : celle qui passe sa vie à affûter ses griffes armes.
J’ai revu plusieurs fois les mêmes types de sportifs à des heures et des jours différents. À force de les recroiser, il m’est arrivé de couper la musique de mes oreilles pour pouvoir les écouter, les sentir, et les  étudier avec attention.
Allez hop, générique de documentaire animalier ! C’est parti pour un petit bestiaire maison :

Les meutes

Je vais parler ici des mammifères qui ne peuvent survivre qu’en « Crew ». Les troupeaux, non, mieux, les meutes de la salle de sport. Elles sont toujours petites et comptent entre 2 et 5 chasseurs maximum. Ces meutes là sont donc fondamentalement excluantes. L’entraide et le soutien sont la règle en leur sein.
Leur survie en dépend, quitte à ne jamais s’ouvrir aux autres ni jamais exister en tant qu’individus. Ce sont les attroupements que l’on remarque dès qu’on entre dans la salle.

Les hyènes

hyena hysterica

Tu les vois très facilement. Ce sont les copines de suées.
Non, en fait, tu les entends en premier. Elles se donnent rendez-vous, s’interpellent de part et d’autre de la salle « Salut Sandy Ludivine Sabrina Caroline ! »
Ça, pour papoter dans les vestiaires et pédaler comme des forcenées au spinning, les hyènes sont des boyscouts : toujours prêtes !
Elles on le pelage bariolé, avec des baskets à la mode aux pattes. Et elles salueront toujours  les cactus et les Gnous avant d’entrer en cours. Elles dédaignent les machines et ne sont là que pour les cours collectifs. Bondissantes et aux abois, les hyènes refusent l’individualité ! Bien trop dangereuse. Le gloussement est leur mode de communication de prédilection. L’instinct grégaire, leur travers.
Tu peux pas les blairer ? Elles non plus.

Les Gnous

Gnus halterophilius

Souvent barbus, tatoués-manchettes, et irrémédiablement bâtis comme des tanks, les haltérophiles eux aussi ont leur gang. Ils se coachent et s’encouragent mutuellement avec férocité. Ils sont experts en nutrition, à condition de ne réduire les repas qu’à une étape station-service. Manger ? Ce n’est qu’un combustible, jamais un plaisir. Je ne sais pas si ce sont les protéines en poudre qu’ils ingèrent ou la difficulté des exercices qu’ils s’imposent, mais je constate aussi que ce sont les rois du PDE (prout d’effort). Je les soupçonne d’ailleurs de rugir et gémir bruyamment pour masquer les soupirs intimes de leur fondement. Leur traque de la musculature parfaite est sans répit.
Le perfectionnisme poussé à son paroxysme le plus brutal ? J’aimerai pas être un gnou, moi.

Les antilopes

Run Forrest Run !

Ce sont les rois et les reines du tapis de course qui ne semblent pas se rendre compte de l’inanité de la décision de ne courir sans rien fuir ni poursuivre. En général, les coureurs  sont gracieux et graciles. Fait intéressant, c’est un troupeau involontaire. Ils ne sont pas solidaires entre eux, jamais. C’est chacun pour soi. Mais sans le savoir,  ils impulsent en choeur tout le rythme de la salle.
Car ce sont les vibrations provoquées par leurs foulées, associées aux crissements des tapis de course qui créent le tam-tam métallique de cette Savane Urbaine . Les antilopes ne vont nulle part, c’est vrai, mais au trot ou au galop.

La meute des loups

le WOD c’est 30 burpees – 50 situps – 30 air squats. ok les mecs ?

C’est le groupe dans le groupe qui squatte l’espace d’exercice au sol au fond de la salle : la meute des Crossfitters. L’entraînement classique ne leur suffit pas. Il faut qu’ils en fassent plus, tout le temps, et même surtout en dehors de la salle. Ils obéissent à un langage abscon spécifique : les WOD (work of the day), AMRAP (az mainy répétitions az possibol), Burpees (je t’en parle même pas), T2B (toes to bar)…  Ils sont pires que les marketeux et leur jargon imbitable. C’est comme ça qu’ils se reniflent entre eux. On est un loup ou on ne l’est pas. Indomptables ou à mettre en cage, je ne sais pas.
Mélange d’athlétisme, de Boot Camp militaire, et d’haltérophilie, le Crossfit permet surtout aux loups de s’autoproclamer  membres exclusifs du fight Club animal et ils tiennent à le faire savoir à la planète entière.
Ils te saoulent ? Ils s’en fichent. Ahoooooooou !

Les solitaires

Les animaux solitaires sont la majorité silencieuse des salles. Peut-être certains d’entre eux recherchent-ils une meute, qui sait ? Mais la plupart des êtres humains vont faire du sport en salle tout seul.
Concentrés ou rêveurs,
Efficaces ou flemmards,
Assidus ou dilettantes,
Ils reviendront toujours  au bercail.

Le Paon

Le narcissique obsédé par son image. C’est bien simple, il se pavane en permanence. Looké, huilé et concentré, il ne voit ni n’entend rien d’autre que lui-même. Les miroirs sont ses partenaires les plus précieux. Il est constamment devant une glace.
Même s’il est physiquement proche des haltérophiles, le paon ne se mêlera jamais aux gnous. Beurk !
L’autarcie est son Eden.
Je ne sais pas pour les égocentriques hommes, mais dans les vestiaires des femmes, on reconnait tout de suite la narcissique : c’est celle qui se balade à poil plus que de raison. Tu vois absolument tout, épilation, tatouages, manucure et faux seins compris. La meuf ne se rhabille jamais à moins d’y être absolument contrainte (quand elle doit sortir). Elle ne reconnait pas l’utilité de la serviette de bains quand elle se maquille ni quand elle se sèche les cheveux. Tête en avant et croupion exposé… c’est sa manière à elle de faire la roue.
J’envie parfois aux narcissiques cette confiance en soi inébranlable après laquelle je courre depuis si longtemps, sans jamais l’atteindre. Mais je ne le trouve jamais sympa, cet oiseau.

Le guépard

il me faut 13 minutes pour rejoindre la ligne B, mais 24 pour y aller à pied. Quoi faire ?

C’est la meuf overbookée, pressée, débordée, même au sport. Ne fais pas semblant, tu la connais. C’est celle qui déguerpit avant les étirements de fin de séance  pour avoir la première place à la douche. Elle arrive en général quelques secondes avant le début du cours, en râlant sur la circulation le métro son patron. La rentabilité est sa proie, l’efficacité sa foulée, l’optimisation gouverne sa vie. Pas le temps !
Elle a d’ailleurs tellement « pas le temps » qu’elle passe à côté de celui de la bienveillance envers soi : pas la place d’introduire des moments pour se féliciter et se remercier. Dommage. Je me demande sur quoi s’endort le guépard la nuit venue…
Efficace ? Pour sûr. Contentée ? Jamais.

Le crocodile

lentement le matin, pas trop vite le soir

Alors lui, je l’aime bien. C’est le glandeur de haut niveau. Il pousse la mauvaise foi jusqu’à traîner plusieurs fois par semaine à la salle sans rien y faire de particulier. Pétrifié au bord du lac, il ne bouge pas. Tu le connais celui-là aussi. C’est le mec sur un vélo-pédalo qui force jamais plus loin que la résistance 2, avec son journal bouquin Smartphone devant le nez. Lui aussi, j’envie un peu sa capacité d’abstraction du réel. Le déni est son meilleur ami. Le confort sa muse. J’imagine qu’il se tapit là pour échapper à quelque chose (sa femme ?  son boss ?). La prédation ?Non… trop fatigué, man.

La panthère

Karma is a bitch. Roar !

Celui ou celle qui ne décolle pas de la salle. C’est sa tanière. Être un athlète, un vrai, C’est son job. La panthère est une pro des réseaux sociaux. Le Hashtag #fit ou #machinbidulechallenge sonne à son oreille comme une symphonie. Le sport passe avant tout : son emploi, sa famille ou ses proches. La panthère mets à mort tes ambitions et te file des complexes, tant la difficulté des exercices qu’elle pratique devant toi est grande.
Ce Big Cat connait tout le monde à la salle, mais s’en fout. On n’est pas là pour papoter, okay ?!
Personnellement, Baaghera me rend malade quand je pense aux sacrifices qu’elle doit fournir pour avoir un corps « instagrammable » pareil. Je n’y suis jamais arrivée. Comme je suis jalouse et mauvaise, je ne dirai qu’une chose :
Certes, je n’ai pas d’abdos…mais j’ai des potes (moi).

L’hippopotame 

Big is fierce. Big is beautiful. ok?!

C’est le sportif obèse ; Le/La gros(se) que je regarde en souriant. C’est vrai, au début, l’hippopotame ne tiens pas plus de 10 minutes sur les machines cardio, à l’affût du moindre répit. Certainement pas parce que c’est un animal fainéant, mais parce que ça fait extrêmement mal de déplacer un corps si volumineux. Et tous les animaux de la salle en ont conscience. Personne ne se me moque jamais des gros au sport, bien au contraire, ils sont admirés car tous savent par quoi ils passent pour venir à bout d’une séance.
Ma propre expérience m’a aussi enseigné la difficulté à se débarrasser des habitudes toxiques, comme la douleur de savoir qu’on s’empoisonne tout seul. Le gros à la salle, c’est le super-héros des lieux. Et je comprends qu’il/elle vienne en dehors des heures d’affluence. Tu as besoin d’espace et de tranquillité. Tu es mon idole, copain hippopotame. Ne lâche pas l’affaire , tu vas y arriver !

Les insectes

À l’inverse des meutes et des chasseurs solitaires, ces sportifs là ont une espérance de vie très courte.
Cela leur prendra parfois des mois, mais ils finiront tous par abandonner la partie. Volontairement ou non, d’ailleurs. La cigale et la fourmi ont une place spéciale à mon coeur.

La cigale …

Youpi c’est le printemps !

C’est l’optimiste rêveuse : L’abonnée aux magazines féminins. Elle veut un ventre plat et des jambes galbées avant l’été en un temps record et sans difficultés. C’est celle qui ne viendra qu’un mois ou deux, pleine de bonnes résolutions mais qui se cramera trop vite à trop vouloir bien faire. Mais oui, tu la connais, celle qui monte 74 étages sur le stepper, fait 15 minutes de rameurs et se finit 20 minutes d’elliptique… À sa première séance !  On la voit alors sortir de la salle les jambes arquées comme celles d’un cowboy qui aurait laissé Jolly Jumper à l’entrée. Elle ne reviendra que dans dix jours, une fois sa sciatique calmée et les beaux jours revenus l’angoisser. Tic-tac Tic-tac.
Elle me donne le sourire, ma copine la cigale. Elle annonce l’été. Et ce salopard de bikini.

… et la Fourmi

L’ombre d’elle-même

Un peu de sérieux pour la fourmi s’il te plaît. C’est la plus triste et la plus tragique de l’écosystème. Elle est moquée ouvertement, contrairement à l’hippopotame. Dans ma salle de sport, j’en ai distingué trois. Uniquement des femmes. Ce sont les anorexiques qui viennent dépenser le peu de calories qu’il leur reste au corps. Pour les voir se changer dans les vestiaires, je peux affirmer que ce sont des travailleuses aussi acharnées que décharnées.
Elles sont si frêles.
Elles sont si seules.
Elles se savent jugées par nous, aussi. Elles ne se dirigent que vers les machines de cardio car elles n’ont de force que pour ce qui les fait courir à leur propre perte. Elles sont là tout le temps. Avec la complicité coupable du personnel-plante qui fait semblant de ne pas comprendre se qui se joue chaque jour. Petite fourmi, tu me donnes envie de pleurer, toi.

Bonus : les migrateurs

Je voulais également remercier chaleureusement ici deux pitizanimo de passage. Ceux  qui reviennent d’une saison à l’autre et qui flirtent avec la honte intergalactique. Mon bonheur absolu, mon petit kif jubilatoire : Le lièvre et la tortue

Le lièvre … 

Qui ça? Quoi ça?

Merci au lièvre, voire au lapin crétin : Ô gloire à toi,  sportif du dimanche ! Tu égayes ma journée. Ce rongeur, c’est celui qui est entré parce qu’il a vu de la lumière. Il ne sait pas se servir des machines mais se lance quand même. La plupart du temps, il comprend vite ; mais il y a des exceptions et là… C’est du caviar de carottes les copains ! Merci, mec… vraiment.

silly rabbit

… et la tortue

143 ans et toutes mes dents

Mamie et Papy tortue, eux aussi me régalent. Mais cette fois, c’est EUX qui te mettent la honte.
En effet, il existe des mammifères de plus de 70 ans qui fument tout le monde à l’endurance, alors que toi tu galères ta mère sur le stepper.
Eux dansent la vie pleinement sans penser à demain. Ils se maintiennent en forme parce qu’ils aiment ça. C’est stupide mais à chaque fois que j’en croise une, de tortue, je suis fière d’elle.
Vous êtes aussi mes idoles, alors merci.

Et maintenant, tu te demandes dans quelle catégorie je me situe exactement, n’est ce pas ? Patience…
Le dernier volet de ma vie à la salle de sport arrive la semaine prochaine…

Stay Tuned !