La salle de sport #3 : une introspection

Pourquoi faire du sport, Anna ?

Outre les bienfaits physiques et psychiques qu’offre la pratique d’une activité régulière, cela m’aide également beaucoup pour l’écriture.
Il ne s’agit pas uniquement d’habiter mon corps, ni tenter de combler inlassablement mes failles structurelles par un quelconque mouvement.
Même si ça aide, je ne transpire pas non plus pour suspendre momentanément mes circuits habituels de pensées.

Non, non, rien de tout cela. Le sport me permet d’être honnête. Oui, oui.

La vérité si je mens

Vincent Elbaz, Gilbert Melki, José Garcia, Richard Anconina et Bruno Solo dans « La Vérité si je mens ! » (1997) – AFMD

Mais qui suis-je à la salle de sport ? Je suis une autrice (merci Corinne Klomp pour ce sublime article) qui bouge ses fesses trois à cinq fois par semaine. Contrairement à ce que tu pourrais croire, il ne s’agit pas de me vider la tête… Bien au contraire. Je vois dans les sportifs – comme en moi – le témoignage d’un certain rapport à la vie. À la salle de sport, J’ai les idées et les observations en pop corn mental, je suis en ébullition !

Je t’avais promis une introspection, cependant, c’est toujours beaucoup plus difficile d’écrire ouvertement sur soi. Je vais essayer.
Tous les auteurs valables que j’ai été amenée à rencontrer possèdent un rapport très fort à l’honnêteté intellectuelle. Ils recherchent le vrai dans leurs personnages, leurs descriptions et leurs dialogues.

Eh bien, à la salle de sport, c’est au tour du corps de ne plus mentir. Dans ce moment si particulier qu’est l’exercice physique, je trouve que l’être humain entre en vérité. Notre rapport à la douleur, notre endurance, notre résistance, et notre force morale s’imposent à nous instantanément. Je crois d’ailleurs que c’est une des raisons principales pour lesquelles on adore ou on hait la pratique sportive.

Training day

Ethan Hawke, Denzel Washington ©WarnerBros

Mise en condition

J’ai fini par trouver ce qui me convenait, en rendant mon « moi-sportive » aussi fidèle que possible à mon « moi-intello » : il faut bien l’admettre, je suis une control freak, je m’emballe comme une enfant quand je m’amuse, je suis une vraie timide et une grande sensible.

DONC il me faut :

  1. Un cadre simple et immuable, je contrôle, je suis bien.
  2. Une interaction sociale limitée à bonjour-Au revoir-Merci Bien. Comme ça je reste concentrée sur moi.
  3. De quoi conserver mon énergie sur la durée, pour bien profiter de ma séance : eau, pas de petit dej’ sauf un café + une banane.

Concrètement, cela veut dire que je ne passe pas plus d’1h15 grand max à la salle – vestiaires compris-, Quatre fois par semaine si possible. J’ai trop longtemps été une cigale pour continuer à me fixer des objectifs inatteignables. Je recherche la bonne suée mais jamais l’épuisement. Je dois pouvoir revenir sans trop de courbatures.
J’ai la chance de pouvoir aller m’exercer en salle en dehors des horaires de bureaux. J’y vais en général le matin en semaine, jamais le weekend. J’évite donc la foule et l’attente aux machines. Comme je n’aime pas les cours collectifs (sauf le yoga que je pratique dans une école d’Ashtanga, donc pas au même endroit), je me concentre sur les machines, je ne parle donc à personne. Je peux rêver en mouvement tranquillement.
Mon conseil aux futurs sportifs en salle : Reconnais tes travers et contourne les.

Ma séance-type

Je suis hyper-attentive à ma douleur, mon essoufflement et mon endurance. Ce qui peut avoir de grandes conséquences sur mon moral, d’ailleurs.
Par exemple, j’en bave dès qu’il s’agit de gainage abdominal. J’ai le sentiment de ne rien avoir dans le ventre et ça me déprime autant que ça m’agace.
J’ai des bras en mousse, aussi. Je suis physiquement incapable de faire des pompes mais ça me fait rire, contrairement à mes abdos en tablette de Nutella.

Sans conteste, l’échauffement est ce qui me demande le plus d’effort. Les 10-15 premières minutes de démarrage sont toujours brutales et il m’arrive souvent d’envisager de me barrer vers 8-9 minutes d’exercices cardio. Vous me verrez souvent triturer le chronomètre de la machine à ce moment là.
Mais une fois échauffée, je vois venir un regain d’énergie, c’est ce qui me fait tenir mes 30 minutes de minimum syndical.

Mon rituel est toujours le même : je passe entre 30 et 45 minutes sur des machines de « cardio », à savoir le vélo elliptique, le stepper, le vélo assis ou le rameur ; puis j’enchaîne avec 20 minutes de « musculation » soit aux machines, soit au sol (abdos, fessiers, bras) seulement quand je suis en forme. En général, après 45 minutes de cardio je suis rincée. Ensuite, je m’étire 5 minutes, je bois beaucoup d’eau et je me barre. Je me douche chez moi, je préfère. À cause de ma grande pudeur, je suis incapable de me balader à poil dans les vestiaires.
Vieux souvenirs de collège-lycée. Traumatisme de Carrie au bal du diable.  

La La Land

©Lionsgate

C’est mon plus grand plaisir à la salle : écouter de la musique super fort.
Dis moi ce que tu écoutes, je te dirai qui tu es ? J’ai une playlist spéciale «  sport » qui contient majoritairement des vieux machins, et j’adore.
Le montage du « set » est construit comme une veillée chant du temps de mes années de scoutisme : lent – rythmé – enragé – puis planant/méditatif.J’ai très souvent envie de me dandiner sur la machine, et parfois, je le fais. Ça fait marrer les gens et je ne suis pas la seule à céder à ce petit plaisir.

Je commence systématiquement ma séance par « In the air tonight » de Phil Collins, rien que pour le solo de batterie qui me fait décoller

I can feel it coming in the air tonight !

puis par le merveilleux Nothing else Matters de Metallica. Ou encore « Lose yourself » de Eminem. Ce sont les 8 premières minutes brutales, il faut que je tienne.

mais ensuite, Donna Summer comme Earth Wind and Fire peuvent tout à fait succéder à Rage against the machine ou The Cure, entrecoupés par Dr Dre ou NTM. Quand je me lâche sur l’elliptique, je ressemble à ça :

 

De rouille et d’os

©Why Not productions 2012

Quand je me rends à la salle de sport, je me souviens que j’ai été cigale j’ai envié la panthère, et parfois fantasmé sur quelques gnous.

Question de background

Je viens d’une famille assez intellectuelle, où le corps n’existait pas sauf pour nous ralentir dans notre progression. J’ai eu de grandes difficultés à m’apprécier à ma juste valeur. On m’a appris à me trouver grosse. Je ne sais pas qui, je ne sais pas pourquoi, mais toute ma vie je me suis jugée sur mes formes. Recherchant la perfection (ou du moins la solidité) dans mes raisonnements, et ayant grandi au temps des supermodels des années 90, je ne pouvait que me haïr physiquement. C’était finalement de bon ton. Et ça a fait de fantastiques dégâts (Ô joie).

Désobéissance corporelle

En 2014 j’ai arrêté de fumer du jour au lendemain, j’ai pris du poids que je n’ai pas réussi à perdre parce que juste après – Ô joie – j’ai développé une hypothyroïdie, ce qui a considérablement ralenti mon métabolisme. J’ai basculé dans une dimension parallèle dont je ne soupçonnait pas l’existence, moi la bien portante : celle où mon corps ne m’obéissait plus.

J’ai eu beau me mettre à la diète dure, rien n’a fonctionné. Même après ma mise sous Levothyrox. J’ai épuisé 3 nutritionnistes, un abonnement WeightWatchers, un programme de livraison de plats de régime, plusieurs séjours en cure d’amaigrissement hors de prix ; j’ai tout essayé.

Si je perdais un peu de poids en m’affamant, je le regagnais dès que je faisais le moindre écart (par écart comprends : un plat de pâtes ou un morceau de gâteau, hein, pas le gavage orgiaque que tu t’imagines). Ma frustration a failli me faire basculer dans la crise d’hystérie quand mes résultats d’analyses hormonales sont revenus normaux alors que mon corps me désobéissait toujours autant. Mon endocrinologue (génialissime) en a déduit que je devait passer à un autre traitement (je te passe les détails) et là MIRACLE, ça va mieux. Mais j’ai toujours des kilos à perdre.

Et parce que le régime permanent est intenable, direction la salle de sport. C’est plus qu’un entretien physique et mental, la salle, c’est pour moi le lieu d’un combat intérieur corps – esprit.

Alors certes, je ne suis pas tous les jours heureuse d’aller à la salle de sport.

Mais satisfaite de moi ? oui, un poil.