MY FAIR (CAT) LADY

Un brunch parisien typique un matin de printemps. Une jolie assemblée d’une dizaine de copains trentenaires actifs, joyeux, légèrement éméchés et repus… lorsqu’au milieu de rien :

« Non mais soyons sérieux deux secondes Anna, tu as plus de 35 ans, tu vis dans le marais gay, seule avec non pas un… mais DEUX chats… c’est LE combo gagnant pour un repoussoir à mecs !»

– Rire de l’assistance.

Tiens donc, on ne me l’avait jamais faite celle-là. C’est sympa, cet argumentum ad populum, ça fait rire toute la tablée, hein, alors ce serait dommage de passer à côté de la vanne.

J’ai longtemps fait semblant de bien prendre les remarques sur « les filles à chat » parce que ce genre d’idées reçues sont tellement intégrées dans la culture populaire qu’il est psychologiquement et sociologiquement très difficile de les contrer. Je me disais qu’il ne servait à rien de réagir et que cela n’aurait fait que m’enfoncer.

Sauf que là, non, Monsieur.
Ferme la, en fait.
Immédiatement.

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Je ne nie pas les cas de repli sur leur animal de compagnie de certains, ou l’existence de misanthropes adorateurs de leurs bêtes exclusivement, MAIS je suis convaincue que l’immense majorité des propriétaires de bestioles sont des gens normaux et bien portants.

Pour ma part et bien que ce soit le résultat de tout un arsenal de mesures prises depuis plusieurs années (Psychanalyse, sport, méditation etc.), depuis que j’ai mes deux chats, je vais bien mieux que sans.
Concrètement, je ne fais plus de crise d’angoisse majeure, j’ai recommencé à sortir souvent, j’ai voyagé plus longtemps et plus loin, je ris chaque jour, je récure du sol au plafond régulièrement. Mieux, j’ai été au devant de l’interdiction familiale et ça m’a plu autant que ça m’a libérée de plein de choses.

Et ouais, monsieur.

Allez, petit beauf qui croit tout savoir sans rien connaître, on va parler minou-minous maintenant. Détends-toi, ça va bien se passer.

 

Les théories sur les femmes à chats

 

Un p’tit cliché bien misogyne

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Je me suis demandée comment j’avais moi-même intégré le lieu commun selon lequel posséder un (ou a fortiori plusieurs) chat(s) quand on était une femme seule nous condamnait presqu’automatiquement à finir vieille fille, misanthrope et un peu folle, qui ne se laverait plus et n’aimerait plus personne d’autre que ses petits félins.

Alors j’ai cherché et je suis tombée sur l’affreuse page wikipedia dédiée  à la « femme à chat », créée à partir d’un documentaire à charge du même nom « Cat ladies », qui prédit, à nous autres les femmes célibataires avec matou(s), un risque de schizophrénie exponentiel et de multiples Troubles Obsessionnel Compulsifs (TOC) à venir dus à une trop grande exposition à la toxoplasma gondii présente chez nos amis moustachus.

Alors, je veux bien qu’on garde à l’esprit les dangers de la toxoplasmose sur les femmes enceintes séronégatives à la bactérie, mais faut pas déconner !
Bizarrement, Les hommes à chats, eux, semblent miraculeusement immunisés contre le parasite ?
Ben voyons !

Et puis j’ai voulu me faire mal et j’ai été sur la page Wikipedia du syndrome de Noé dont je te laisse apprécier la  dernière phrase d’introduction, pas misogyne pour un sou :

Cette maladie (le syndrôme de Noé) atteint plus particulièrement des femmes, d’autant plus quand elles sont âgées de plus de 60 ans et vivent seules.

Tu me montres les statistiques, connard ? La maladie mentale n’a pas de sexe, y compris pour l’hystérie, par ailleurs. Évolue un peu, bon sang.

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L’animal « de compagnie », un médicament

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Heureusement, Il existe plusieurs autres théories plus sérieuses et moins « Genrées » sur les bienfaits de la cohabitation entre l’homme et l’animal. Notamment sur le rapport aux troubles anxieux et au sentiment d’isolement. Il existe même une une ronron thérapie pour combattre le stress, améliorer la cohérence cardiaque (le lien poumon-coeur apaisant)  et favoriser la cicatrisation. Pour preuve la popularité des bars à chats, la prédominance des matous sur youtube et Facebook, voire même les enregistrements de ronrons à télécharger pour faire de la relaxation (et là, subitement, les bienfaits concernent aussi bien les hommes que les femmes à chats… vous me suivez ?)

 

Au plus mal de mes angoisses, en 2009, je suis tombée sur mon premier bouquin de psychologie et sans doute le plus impactant: « Guérir » de David Servan-Schreiber. Une révélation (dont je vous parlerai dans un prochain article). Une des recommandations du livre concernait, entre autre, le contact avec des animaux de compagnie qui ont de multiples bienfaits pour l’apaisement des personnes sujettes au stress, à l’angoisse ou à la dépression. Cette idée est toujours restée dans un coin de ma tête, jusqu’à devenir une véritable envie.

Je n’avais jamais envisagé l’adoption d’un chat. J’étais plus chien à l’époque, que je trouvais beaucoup plus fidèles et aimants. Mais c’était trop de travail quotidien et la vie parisienne en appartement c’est pas le top pour un Dogo selon moi. Bref, j’ai envisagé le chat.

Et puis, il a fallu se lancer et affronter le regard des autres, en premier lieu celui de ma famille …

 

Une question d’éducation

 

Les Solachine, les multi-traumatisés des bêtes

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Il faut dire que rien dans mon éducation n’avait préparé mes parents à ma vie de cat lady. Je viens d’une famille complètement réfractaire à la vie en communauté avec les bêtes. Les seuls animaux qu’on aimait, chez moi, étaient bien cuits et salés.

Ma soeur (6 ans) : « Papa ! Maman! on a discuté avec Anna, on veut un chiot pour Noël »
Mon père : « Alors voilà les enfants, c’est très simple. C’est le chien ou moi ».

Ça, c’est mon Papounet chéri. À sa décharge, mon père dit avoir souffert le martyre avec un berger allemand ramené par son frère F.  Selon la légende familiale, Lovely-le-molosse coursait tous les gosses dès qu’ils rentraient de l’école pour leur dire bonjour.  Ce qui a eu le don de les terrifier tous.

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Pour mon frère, c’est pareil. Il a lui aussi été mordu étant enfant et n’est vraiment pas un ami des bêtes. Mais il se soigne.

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Ma maman, quant à elle, était étonnamment silencieuse sur la question et se rangeait systématiquement du côté de l’interdiction paternelle, au motif que les animaux, ça salit la maison.

J’ai un autre souvenir qui fait encore rire tous les Solachine. En CE1, j’étais dans une salle de classe dont les bureaux étaient disposés en U, autour d’une vaste cage tapissée de foin, dans laquelle évoluaient deux cochons d’Inde ainsi qu’un lapin nain. Les familles d’élèves devaient les garder tour à tour les weekends. Devant le refus catégorique de mes parents à héberger lesdites bestioles, j’étais de ce fait chargée de leur apporter  de la nourriture de temps en temps.

Moi (8 ans) : Papa ! Papa ! Demain je dois amener à manger à Pompon !
Papa : c’est qui Pompon ??
Moi : c’est le lapin de la classe !!
Papa (me tendant un pot de moutarde) : Je vois. Tiens, ça devrait faire l’affaire.
(fou rire de 
papounet)

Mes larmes de petite fille horrifiée ont failli lui faire avoir une crise d’asthme à force de rire de mon effroi. Mon compte était bon, j’aimais bien les animaux mais j’avais définitivement  intégré l’interdiction familiale.

Une émancipation pacifique

 

Alors en 33 ans d’existence, accueillir un chat aura été mon plus grand acte de rébellion personnelle (oui, je ne suis pas très rock n’ roll, comme meuf, finalement).
Je me souviens d’une conversation particulièrement désagréable avec ma mère, très inquiète pour moi,  qui me demandait si je n’allais pas sombrer dans l’agoraphobie et ne plus sortir de mon chez moi – qui sentirait la croquette et la pisse.
Il a fallu la rassurer, longtemps.
Et entendre que c’était sale, que ça allait m’empêcher de faire ce que je voulais, mais que bon, si c’est ce que je souhaitais…

« Non maman, ce que je souhaite, présentement, c’est t’informer de ma décision. Là, je ne te demande pas la permission. »

Pour une fois, il me fallait assumer mes envies propres —  clairement distinctes de celles qu’on avait pour moi–. Je ne lui ai pas laissé la possibilité de mettre en doute ce choix là. À ma grande surprise, elle a respecté. Mon père aussi. Je souhaitais un chat pour aller mieux face à mes angoisses. Et non, je ne vais pas finir vieille fille

 

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Ma nouvelle vie de cat lady

 

Je suis donc la propriétaire (et pas la maman) de Jackson et Luna, mes British shorthair. Ils viennent tous les deux du même fantastique élevage, les British de CandyBelle.
Présent sans être envahissant, le British shorthair est robuste, classe et flegmatique. Tout ce que j’aime.
Alors oui je sais, il y a plein de petits chats abandonnés  à adopter. Mais moi je voulais des British shorthair coûte que coûte (et ça vaut une tonne) parce que c’est la race qui a inspiré le chat d’Alice au pays des merveilles, et surtout les Aristochats (Le meilleur Disney de tous les temps pour moi!). C’est du minou de compète, quoi.

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Ma vie avec Jackson Jaboiepas …

jacksonJackson est une peluche vivante grise et blanche, aux yeux jaune-orange hyper expressifs. Il a un caractère dominant, calme et ultra indépendant. Je n’ai pas honte de dire que je suis amoureuse de lui. Ce n’est ni mon fils ni mon mec, je ne suis pas stupide. Il est par contre très éloigné des clichés que j’avais moi-même fantasmé sur les chats : il a horreur d’être porté, ne vient jamais sur les genoux (ce n’est pas assez confortable pour Môssieur) et ne ronronne pas normalement… Il roucoule et souffle fort. C’est tout. Pour entendre son ronron, il me faut plaquer mon oreille sur son bidon et ressentir la vibration dans sa gorge en y apposant le plat de ma main. C’est un bouffeur de plante et un grand possessif. Si je m’intéresse à Luna, il rapplique… et lui latte la gueule, histoire de montrer qui est le patron, mon Pipou.

C’est Jackson qui m’a permis d’aller vers les autres beaucoup plus facilement.

Il m’a montré ce qu’était la douceur, l’autonomie et la solitude agréable. Lui, il s’en fout de ce que j’attends de sa part. Il me fait simplement savoir ce dont il a besoin, à moi de m’adapter. Tranquillement.
Souvent, Jackson capte tout de suite quand un truc ne va pas chez moi. Il se contente de se mettre à mes pieds et de frotter sa petite tête à mes chevilles. Une façon de me dire, je suis là.
Comme je pars relativement régulièrement, j’ai eu envie que Jackson ait un copain pour lui tenir compagnie. C’est comme ça que Luna est arrivée.

 

… et ma vie avec Luna Lovegood

lunaLuna, je l’ai adoptée et pas payée car elle a été abandonnée par ses propriétaires à 4 mois. Son nom de pedigree c’est Laetitia mais c’était pas possible pour moi d’avoir un animal qui portait le prénom d’une de mes amies les plus proches. Luna Lovegood, le personnage décalé de la saga Harry Potter m’a semblé très bien lui correspondre.
C’est une crème avec Jackson, elle est aussi amoureuse de lui que moi. Par contre elle est complètement flippée, c’est un glouton, elle mange comme quatre et ronronne comme un moteur lorsqu’elle aperçoit de la bouffe (soupirs).

Si je la fixe un peu trop, elle se retourne et me montre systématiquement son trou de balle. Ça a le mérite d’être clair : « Moi aussi j’ai mes problèmes, hooman ». Je ris à chaque fois.

Elle a un instinct de survie proche de celui de l’opossum. Elle ne sait pas se cacher et se contente de fermer les yeux très fort pour disparaître. Mais elle adore jouer avec un plumeau pendant des heures et s’assoit sur ses « proies » pour les « tuer ». Bref, c’est une imbécile rigolote et bien dodue. Nous avons mis beaucoup de temps à être à l’aise l’une avec l’autre (pratiquement deux ans) mais ça va de mieux en mieux. C’est ma patate chérie.

 

Sans jamais être « coincée » par eux

J’ai choisi de ne jamais emmerder personne pour les garder quand je pars en voyage ou en week-end. Je m’offre les services d’une cat-sitter (oui oui, ça existe, comme les sociétés de promenade de chiens de ville dans les parcs alentours) et j’inclue ça dans mon budget voyage systématiquement. Ça douille, mais prendre un animal coûte objectivement cher. c’est comme ça. Je prends mes responsabilités.

Ce qu’ils m’apportent chaque jour

 

La détente par mimétisme…

Nous nous sommes apprivoisés les uns les autres. Une chose est certaine, je préfère de loin les chats adultes. Un chaton c’est complètement déglingo. Ça court de partout et après rien, ça joue avec tout et n’importe quoi, ça miaule non stop la nuit, ça tête les cheveux, et ça demande ta constante attention.

En vieillissant ça se calme mais ça te ronronne dessus et ça se nettoie la pastille dès que tu veux le prendre en photo (Ô joie). Mais c’est choupi tout plein. Chaque animal a son caractère propre, c’est à chaque fois une rencontre et une relation originale.

Ces chats ont complètement chamboulé mon rapport au temps.

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Ils pioncent.
Profondément.
Seize heures par jour.
Et quand ils se réveillent, ils s’étirent et vont bouffer. Puis ils font un tour dans la litière et se toilettent pendant des heures… pour finir par se rendormir.
Tranquille.

Ils m’ont apporté un calme inimaginable. Finalement, la véritable révélation est de se retrouver confrontée à un être vivant qui n’est concentré que sur le moment présent. Ils m’ont donc appris par observation le jeu et les câlins, pour le plaisir de l’instant.
Quand il m’arrivait de ressentir de l’angoisse ou de la tristesse, je me concentrais sur un des chats et sa simple observation me détendait. Les Contempler me détournait de mes pensées terrifiantes.

Le chat, comme n’importe quel animal, vit dans l’instinct et dans l’instant.
Il n’appréhende donc rien ni ne rumine quoi que ce soit.

C’est exactement ce dont les flippés de la vie ont besoin pour évoluer, nous qui ressassons tout notre passé quand nous n’angoissons pas sur le futur. David Servan-Schreiber avait raison !

 

 

… Et la tendresse joyeuse

 

Aujourd’hui, et sans dire que c’est seulement grâce à J&L, je m’exprime beaucoup plus ouvertement, au risque d’être rejetée ou désapprouvée. Cela ne me fait plus si peur de ne pas répondre aux attentes d’autrui. Finalement, j’ai appris la fidélité à soi-même à travers eux.

Alors oui, je leur parle avec une voix débile en disant « mon bébé chat »(aux deux), « ma poupée jolie » (à Luna), « mon Pipou d’amour »(à Jackson)  mais :

1) je n’appelle aucun autre adulte  « mon bébé », l’infantilisation m’exaspère en amour comme en amitié …

2) à aucun moment je ne considère Jackson et Luna comme mes enfants. Je suis nullipare ET nulligeste (quels mots atroces) et j’en ai parfaitement conscience sans y avoir renoncé ou m’en préoccuper plus que de raison.

3) Ça me dégoûte de ramasser leurs crottes, et les croquettes … ça pue sévère ! Et les poils partout sont un enfer qui me pousse à passer l’aspirateur quasiment tous les jours et encore plus aérer qu’avant.

4) Maintenant que je me suis attachée à eux par contre, je redoute très fort leur futur trépas (oui, parce que je compte leur survivre, hein).

5) J’ai également un plus grand respect pour la cause animale, je donne maintenant à la SPA, mais je ne suis pas devenue végétarienne pour autant. Par contre, il est vrai que j’ai arrêté de manger du veau ou de l’agneau parce que ce sont des bébés arrachés à leurs mères et que ça me dérange. je lutte encore entre ma passion pour le foie gras et ma révolte face à la souffrance animale. MAIS cela me secoue moins que la souffrance humaine.

 

Voilà, cher petit Beauf, t’ai-je convaincu ?
Si tu as encore des doutes, fais moi plaisir, la prochaine fois que tu sors avec une fille à chat, garde à l’esprit ceci : tu as 6 chances sur 7 vies félines pour que tu sois en présence non pas d’une Cat lady … mais de Cat Woman herself… Miaou.

 

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